Le Vignoble Charitois

Un grand vignoble du Moyen Age :

Le vignoble de La Charité sur Loire remonte au moins au début du XII° siècle. Pendant longtemps il a joué un rôle très important dans la vie économique locale, constituant un enjeu de luttes entre les différents acteurs de la société médiévale, les seigneurs grands et petits d’une part, les grandes abbayes d’autre part (le prieuré Clunisien de La Charité et l‘abbaye Cistercienne de Bouras). Ces dernières, comme dans nombres de régions viticoles de l’époque, tendront à contrôler de plus en plus la viticulture locale, profitant des donations accordées par des seigneurs préoccupés par le salut de leur âme. En 1384, le rattachement du Nivernais au Duché de Bourgogne favorise un courant commercial des vins des Vaux de Nevers (qui s’étendent de Nevers à La Charité) vers le Nord de l’Europe. Comme le montre Roger Dion dans son Livre « Histoire de la vigne et du vin en France », notre vignoble s’inscrit alors parmi les grands vignobles européens. Mais cette ascension qualitative n’a pas qu’une explication commerciale, elle résulte aussi des structures de production de l’époque : le vignoble est alors dominé par les grands domaines des puissantes abbayes locales, qui ont des moyens matériels (celliers, caves, pressoirs) pour assurer une production de qualité, travailler dans le long terme, investir sans attendre de retour immédiat. En témoignent aujourd’hui les gigantesques «perriers» au sud de la Charité et sur les coteaux de Chasnay ; un travail colossal s’étalant sur des générations qui a totalement façonné le paysage.

De la révolution à la crise phylloxérique (1789 – 1886), l’évolution vers un vignoble de masse :

La révolution a fait disparaître les grands vignobles ecclésiastiques qui ont été rachetés parcelles après parcelles par des paysans vignerons. Ceux-ci, à la recherche d’un gain rapide, préfèrent la quantité à la qualité, d’autant plus que leurs exploitations sont très petites. En 1856, dans la commune de La Charité sur un total de 664 vignerons, 608 disposent de moins d’un hectare. Nombre d’archives nous indiquent que la presque totalité des vignes plantées à cette époque le sont dans les bas fonds avec des plants productifs. Cependant, certaines parcelles plantées sur les bords de Loire subsistent et « produisent des vins qui rivalisent avec ceux de Sancerre,. La vigne se plaît sur des coteaux arides qui ne sont propres à aucune autre espèce de culture… » (Archives départementales de la Nièvre, enquête préfectorale de 1847).

Durant l’été 1886, les premiers symptômes du Phylloxéra - maladie mortelle de la vigne en provenance d’Amérique - sont détectés sur le vignoble charitois. La maladie s’étend dès lors rapidement et détruira la plus grande partie du vignoble. En 1892, les vignerons de la ville « sont presque tous ruinés (…) ils vivent dans l’espoir qu’ils pourront par des greffages sur des plants américains reconstituer leur vignoble… ». C’est le cas dès l’année suivante, où une pépinière pour multiplier les plans greffés sur vignes américaines est installée pour permettre la replantation du vignoble. La reconstitution rapide de ce dernier comporte cependant de graves faiblesses. On ne modifie pas les structures de production, on continue de privilégier la production de vins courants, un manque de vision à long terme qui va précipiter le déclin du vignoble après les deux grandes guerres.

Le déclin du vignoble (1886 – 1980) :

L’arrivée des vins de consommation courante du midi, les saignées des deux grandes guerres et l’exode rural provoqué par la crise des années trente anéantiront le vignoble charitois. Les agriculteurs s’orientent alors vers des productions plus rentables, les céréales et l’élevage. Les coteaux les plus en pente, les plus aptes à donner des vins de qualité sont abandonnés, et retournent à la friche ou la forêt.

1980, renaissance du vignoble charitois :

C’est en 1980 que Fernand Pabion décide de réunir les quelques viticulteurs qui ont réussi à maintenir une viticulture sur les terroirs qualitatifs du vignoble charitois. La création du syndicat de l’union viticole de La Charité sur Loire permettra ainsi d’obtenir en 1986 la dénomination de Vin de Pays des Coteaux Charitois. Les efforts conjugués des vignerons et de leur syndicat vont ainsi permettre une véritable renaissance du vignoble charitois. Il s’étend désormais sur 50 hectares et bénéficie depuis 2009 de l’indication géographique protégée Côtes de La Charité.

Le Domaine de La Petite Forge

Notre famille est une des premières à avoir replanté de la vigne au début des années 70 sur la zone ligérienne du vignoble charitois. Ces vignes sont composées des cépages Pinot Noir et Sauvignon. Au milieu des années 80, notre vignoble s’est agrandi dans la zone plus élevée de l’arrière pays Charitois avec la plantation de Pinot Noir, Gamay et Chardonnay. Nous n’avons depuis cessé de mettre en valeur le potentiel qualitatif unique de notre vignoble, et nos vignes désormais âgées ont atteint un équilibre de production qui nous permet d’extraire le meilleur de nos terroirs. La plantation de Pinot gris en 2009 ajoutera bientôt une nouvelle production prometteuse à notre palette de vins.